Un Léger passage à vide de Nicolas Rey (Au Diable Vauvert, 2010)
Récit de vie
« Camarade lecteur, amie lectrice, heureux de te retrouver. Franchement, si on m’avait dit que l’on se reverrait un jour, toi et moi. Bon, tu sais comment les choses se passent. Je ne vais rien t’apprendre. Entre notre date de naissance et notre date de décès, il y a quelques moments dingues, des mauvaises passes et puis tout le reste. J’ai retiré tout le reste pour ne t’offrir rien que des moments dingues et des mauvaises passes. Et des moments dingues, aussi. Et des mauvaises passes. Et ainsi de suite. Bien à toi. » NR.
Pas une mauvaise psychothérapie par l’écriture (comme on est malheureusement habitué à lire !) mais des fragments de vie racontés en toute simplicité. Pas de recherches freudiennes, juste un état de fait. A ne surtout pas louper, le chapitre « Le canapé », déroutant !
Un Roman français de Frédéric Beigbeder (Grasset, 2009)
Récit de vie. Prix Renaudot 2009.
« C’est l’histoire d’une Emma Bovary des seventies, qui a reproduit lors de son divorce le silence de la génération précédente sur les malheurs des deux guerres. C’est l’histoire d’un homme devenu un jouisseur pour se venger d’être quitté, d’un père cynique parce que son coeur était brisé. C’est l’histoire d’un grand frère qui a tout fait pour ne pas ressembler à ses parents, et d’un cadet qui a tout fait pour ne pas ressembler à son grand frère. C’est l’histoire d’un garçon mélancolique parce qu’il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des parents déprimés par l’échec de leur mariage. C’est l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance. C’est l’histoire d’une humanité nouvelle, ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés. Telle est la vie que j’ai vécue : un roman français. »
On connaît tous Frédéric Beigbeder en dandy, bobo parisien, jouissant de tout ce qui est interdit, à l’esprit vif et à la critique acerbe. Et bien avec ce roman/récit de vie, on est très vite désarçonné. On « rencontre » un homme totalement différent de tous ces clichés qu’il nous renvoie. Un autre Frédéric se dessine, sympathique, sincère, un peu paumé mais qui se retrouve grâce à ce « livre-souvenir ».
A la folie. Scénario Sylvain Ricard. Dessin James (Futuropolis, 2009)
« Voici l’histoire d’un petit couple « ordinaire » qui s’aime un peu, beaucoup, à la folie… Ils se sont rencontrés, il y a quelques années et se sont rapidement mariés. L’homme gagne bien sa vie, la femme n’aura pas besoin de travailler.
Pourtant un jour, cette harmonie se brise. Une bête dispute, rien de spécial, explique-t-elle. Mais cette dispute entraîne les premiers coups. Leur vie bascule et l’horreur s’installe au quotidien. La femme se tait. Elle finit même par accepter cette situation, voire excuser son mari. Peu à peu, les proches de la femme s’aperçoivent de la situation. Chacune y va de son conseil. Pour son amie, il faut porter plainte auprès de la police. Pour sa mère, la violence masculine est purement hormonale. Ils se calment dès que les femmes accordent quelques « petites attentions » aux hommes. Jusqu’au jour où la femme ne peut plus supporter cette situation atroce… »
Une BD forte, un thème original. Le parti pris du dessinateur de passer par des personnages zoomorphes permet une légère prise de distance salvatrice tant les propos énoncés de manière si naturelle choquent. Le couple se dévoile alors qu’il vous fait face, tranquillement assis dans leur canapé. Le lecteur a l’impression de « prendre une tasse de thé » avec un couple charmant qui se révèle être totalement dévasté par la violence du mari. On rentre avec horreur dans la « banalité » de la violence conjugale.